Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.

Ouzbékistan
Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.

route de la soie
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Gérard Decq | 24.10.2009 | 665 visites | 1Favoris |
Gérard Decq

La ville se dressait, bien droite ....

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Nous atteignons la banlieue, avec, sorties des champs, les premières barres de logements. "Tachkent ! Tachkent! " grommelle le chauffeur du taxi longue distance qui me ramène de Ferghana. Je ne saurai pas la raison de la rancœur qui se cache derrière cette intonation. En veut-il à la capitale d'avoir suscité les rêves d'un membre de sa famille ? En tout cas, il n'a qu'une hâte : rebrousser chemin avec de nouveaux clients, pour rejoindre, par delà les montagnes, la plaine fertile où il vit, où les contacts sont plus chaleureux dans une communauté soudée. La capitale n'a certes pas tenu toutes ses promesses pour les nombreux ruraux qui sont venus composer ses trois millions de citadins. Les quartiers d'habitation, aux blocs soviétiques, n'offrent pas de séduction touristique et pourtant, pendant la saison estivale, il émane de cette ville largement étendue et aérée un charme fou.

Un melting-pot de populations.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Entre les immeubles de la périphérie, déambulent quelques moutons, connotation nature, traditions paysannes d'émigrés plus ou moins récents. De fait, les habitants de Tachkent sont, dans leur grande majorité, gens simples et l'on se sent souvent davantage en province que dans une capitale arrogante. Néanmoins, à l'instar des grandes mégalopoles, la Ville a attiré une population d'origines variées : de jeunes Russes, blond platine et minijupes sexy, côtoient une musulmane au corps voilé d'une cotonnade bigarrée. Ainsi va la société ouzbek et, particulièrement dans la capitale, des looks divers se rencontrent et se croisent. A côté de fichus de paysannes, de quelques tioupés, ces jolis calots masculins, l'aspect "urbain" prédomine dans les vêtements. Une volonté fashion habite la jeunesse et les foulards purement islamiques sont plutôt rares. En 1966, la ville a subi un important tremblement de terre, ce qui lui valut une reconstruction à la manière soviétique, avec larges avenues et vastes jardins publics. Les distances à Tachkent s'avèrent parfois énormes et l'espace y est un luxe que j'apprécie. Le centre-ville offre plusieurs parcs gigantesques : la place de l'Indépendance s'enorgueillit de pièces d'eau où alternent marbres et jets variés. Une arche imposante, aux reflets métalliques, sert de perchoir aux sculptures des humos, ces oiseaux légendaires qui se détachent sur l'azur. Parterres d'une propreté soignée ; atmosphère de tranquillité en ce dimanche où trois jeunes couples s'amusent librement à s'ébrouer dans un bassin.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Non loin de là, le parc Navoi occupe lui aussi une position centrale. Il présente les attractions du parc de loisirs populaire que toute ville ouzbek se doit de posséder : manèges mécaniques bon enfant et guinguettes. Il n'est pas le seul parc à Tashkent à offrir, par exemple, des pédalos sur une pièce d'eau, mais il a été voulu aux dimensions de la capitale : superficie étonnante avec un véritable lac alimenté par le canal Ankhor. Et si la grande caravelle à quai détone un peu, loin de tout océan, si la musique des manèges assourdit vos oreilles, vous n'aurez aucun mal à vous isoler derrière des bosquets, ou au sommet d'une colline paysagée. Se déplacer dans une mégalopole aussi vaste pourrait poser problème. Deux lignes de métro se croisent au centre-ville. La décoration de plusieurs stations s'inspire du somptueux réseau moscovite : marbres et céramiques célèbrent la culture du coton ou l'indépendance du pays, tandis que la lustrerie ne déparerait pas un palais. Le métro toutefois ne quadrille pas toute la ville : en surface, de pittoresques tramways aux sièges de bois empruntent les avenues, mais surtout, n'importe quelle voiture, souvent une Lada, peut se transformer en taxi : il suffit de la héler, tel un auto-stoppeur, et de négocier le prix de la course, toujours très bon marché pour une bourse d'Européen.

Coeur vibrant : les pulsations commerçantes de Chorsu.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Gigantesque bazar où l'on vend de tout, ce marché, aux bâtiments aseptisés à l'ère soviétique, vibre toujours aux parfums de l'Orient. Hommes et femmes y convergent de toutes parts. Quelle animation ! Quelle abondance, quelle profusion de produits ! Le ventre de Tashkent n'en finit pas de venir s'y rassasier. Aux abords, d'anciens landaus, reconvertis par les vendeurs de pains, apportent les rondes galettes en direct du four. Les pains ouzbeks, outre leur qualité gustative, se signalent par une esthétique soignée : brillantes couronnes dorées dont le disque central est décoré de divers motifs en relief. L'activité boulangère est très développée et on trouve les ustensiles artisanaux pour "graver" son pain, dans les allées dédiées à la quincaillerie. Ils voisinent avec de pittoresques berceaux de bois peint. Rencontre non dénuée d'émotion avec des traditions intimes bien vivaces de l'Asie Centrale.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Tout un hall est occupé par la confiserie, opulence des plaisirs sucrés qui relègue loin toute idée de privation. Des pyramides de miel solide accrochent la lumière sur les facettes de leurs cristaux translucides. En provenance directe des fermes, dans un pavillon ventilé, les fromages frais rivalisent de blancheur. Je suis séduit par les fichus fleuris et le visage d'une jeune paysanne traditionnellement maquillé : à l'aide d'ousma, une herbe tinctoriale, elle a réuni ses sourcils de manière à ce qu'ils ne forment plus qu'un seul trait au-dessus de ses beaux yeux vert amande. Non loin de là, sous une vaste rotonde, fruits et légumes chantent des gammes colorées, rouge éclatant des tomates, vert lustré des courgettes, et, voisinent avec eux les fromages secs auxquels j'accorde une mention spéciale. D'aucuns, qui "ne sont pas fromage", ne les apprécieraient pas. Personnellement, je les trouve facilement transportables et particulièrement appropriés pour les petites faims : les kourouts sont de petites billes faites à partir de lait caillé, de taille variable. Certaines femmes tentent même d'innover dans la forme, avec petits cubes, cylindres ou cônes. Les Ouzbeks en raffolent ; il en est même pour considérer qu'il s'agit de leur plus belle invention.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.De larges escaliers, où s'étalent des céramiques de Rhistan, conduisent, en contrebas, à l'esplanade des vêtements, chaussures et autres produits de beauté. On se bouscule, on se faufile dans un dédale d'étroites allées sous des bâches tendues contre les ardeurs du soleil estival. Une "brochette" de femmes, chapeau de paille vissé sur le chef, offrent des portants de jupes à bout de bras. Un petit bâtiment est réservé aux tapis et surtout aux vêtements traditionnels, avec une place de choix pour les tchapans : sorte de manteaux masculins que chaque homme se doit de revêtir dans les moments importants de sa vie. En velours sombre, ils s'ornent de larges bandes de broderies dorées.

De la vieille ville au Cirque.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Les abords du marché de Chorsu sont chargés d'histoire : au sud, la madrasa Koukeldach date fièrement du XVIe siècle. Les motifs colorés de ses façades s'apparentent à ceux des madrasas de la célèbre Samarkand et on trouve là, à un carrefour animé, une image emblématique de la capitale avec un raccourci d'un millénaire d'histoire, les mosaïques de l'école coranique se détachant sur fond d'immeuble-tour au design contemporain. Trop souvent d'ailleurs, on ne retient que les noms de Samarkand et de Boukhara, mais Tachkent fut aussi une grande étape sur la prestigieuse route de la soie. A une époque fort lointaine, le Grec Ptolémée l'a mentionnée, carrefour des caravanes venues d'Orient et d'Occident ! Au Moyen Age, commerçants et aussi artisans y prospéraient. Dans la vieille ville, plusieurs monuments, judicieusement restaurés, témoignent de ce glorieux passé.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.En rejoignant le nord du bazar, on pénètre ainsi dans le vieux Tashkent. Ce quartier, l'un des rares rescapés du tremblement de terre, séduit par ses ruelles qui s'étirent en zigzag, comme dans un labyrinthe. Les gens y vivent simplement sur le pas de leur porte ou dans l'intimité de cours ombragées. Il m'y est donné d'assister au départ d'un mariage traditionnel qui déborde sur une placette : la mariée, vêtue de blanc à la mode occidentale, se doit de garder les yeux baissés en signe de soumission et de pudeur. Un "noble" vieillard, à barbichette effilée, un grand-père des mariés, donne sa bénédiction au couple, tandis que deux souffleurs endiablés ont embouché de très longues trompettes de cuivre. Les témoins masculins ont, bien entendu, revêtu leur tchapan brodé d'or. Puis la noce s'en va, en cortège, rejoindre le restaurant de la fête. Au débouché d'une ruelle, on est saisi d'admiration : l'ensemble Hazrati Imam fait communier avec la splendeur de l'architecture orientale : il ne cède rien aux bâtiments de Samarkand. Un minaret de briques s'élance et tutoie le ciel. Le plus ancien Coran au monde est conservé dans la mosquée centrale. La façade de l'iwan de la madrasa se pare de majoliques, tandis que les turquoises variées des dômes n'en finissent pas d'émerveiller. Plus loin, le mausolée Abu Bakhr Shashi, du XVIè siècle, lui aussi avec un "dôme obus" de céramiques bleues, complète agréablement cet ensemble historique.

Tachkent, creuset moderne de l'âme ouzbek.Nous poursuivons notre promenade en gagnant maintenant le sud-est du marché de Chorsu. De l'autre côté de l'avenue, se dresse un remarquable bâtiment modern'style en forme de chapiteau ; il s'agit du Cirque, véritable institution. Chaque week-end, son succès ne se dément pas et, à l'entracte, quel plaisir de voir les enfants se bousculer pour les animations sur la piste : tours en charrette, envolée sur trapèze et autres attractions ! Non loin de là, le quartier d'immeubles modernes a déversé une foule de bambins qui, en cette chaude après-midi de juillet, ont investi les bassins de l'esplanade qu'ils transforment en joyeuses pataugeoires. Cette image "bon enfant" restera un de mes meilleurs souvenirs de la capitale ouzbek.

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Gérard Decq | 24.10.2009 | 665 visites | 1Favoris |
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info plusinfo plus

Logement : L’hôtel Ouzbékistan est un superbe établissement, bien situé. Sa façade en fait un monument contemporain remarquable.
L’hôtel “Grand Orzu” est un petit établissement plein de charme dans un quartier très calme. Il n’est pas très éloigné de l’aéroport et voisine avec un des restaurants les plus “branchés”, Caravan Art.(http://www.caravan.uz)

Change : Il existe de petits bureaux officiels à proximité des grands marchés, très pratiques.

A voir : La madrasa Abdoul Kassim abrite les boutiques et ateliers de divers artisans, céramistes, graveurs sur bois, peintres de miniatures. Un havre de paix et quantité de beaux objets.

Le musée des Beaux Arts,  16 rue Movarounahr, offre des collections de qualité. Vaste, il est peu connu et vous aurez le loisir de le parcourir en toute intimité. Outre les chefs d’œuvre de la peinture ouzbek, toute une section est consacrée aux “suzani” : la broderie élevée au rang de grand art !

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commentaires à ce reportage
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COURTY

Superbe. Je suis cependant étonné de voir autant de portraits. N'avez-vous pas eu de problèmes pour prendre ce type de cliché ? Et quand est-il des autorisations de publication? ”

COURTY | 07.01.2010 20h54

mamadou

Un travail extraordinaire qui permet de comprendre combien notre monde est magnifique. ”

mamadou | 07.01.2010 22h30

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