Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal Enfield

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Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal Enfield

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Réjane Ereau | 25.01.2010 | 475 visites | 2Favoris |
Réjane Ereau

Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal EnfieldDans les années 50-60, les USA ont eu leur génération Kerouac. Et si c'était désormais aux Indiens d'avoir envie de tracer la route ? Décembre 2009 : la marque culte Royal Enfield organise une odyssée à moto à travers le sud du pays. Tamil Nadu, Kerala, Karnataka : trois Etats, deux semaines, 3000 km. Reportage "on the road".

Ready, steady, po ? (1)

Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal EnfieldKanyakumari, Tami Nadu. 18 heures. Fin de la troisième journée de route pour la vingtaine de participants de la Southern Odyssey. 19 à 59 ans, hindous, chrétiens, musulmans, originaires de tous les coins du pays. Fatigués, mais contents. « De Chennai à ici, le long de la côte tamoule, on n’a pas arrêté de prendre la pluie sur la tête. Je ne pensais pas être capable de conduire dans de telles conditions, ni que ça reste, au final, un bon souvenir!» sourit Vikas, chef de projet pour une société informatique à Delhi. La suite de l’Odyssée s’avère plus ensoleillée, et tout aussi riche en émotions. Au programme: parcourir le Kerala jusqu’aux backwaters, en fuyant systématiquement les axes principaux, puis grimper en direction des Ghats Occidentaux à travers routes de montagne, réserves naturelles et plantations de thé. Periyar, Kodaikanal, Munnar, Ooty, Mudumalai… «Je suis venu pour vivre un long voyage à moto, me voilà servi! explique Aadish, ingénieur fraîchement diplômé. C’est une super expérience, même si j’aimerais passer plus de temps à chaque étape.» (1) En argot tamoul, "po" veut dire "go".

Une aventure humaine

Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal EnfieldSi l’Odyssée est un formidable moyen de s’immerger dans les ambiances et les paysages de l’Inde du Sud, elle n’a pas vocation à être touristique: «Les gens qui s’inscrivent à nos périples ne partent pas seuls car ils doutent de leurs capacités à planifier un itinéraire, surmonter un problème technique ou gérer les questions logistiques, commente Sachin Chavan, Marketing Senior Manager de Royal Enfield. On est là pour leur apporter assistance et conseils, développer leurs compétences et leur endurance, les pousser dans leur passion et leurs retranchements. Bref, les rendre suffisamment confiants et autonomes pour que, la prochaine fois, ils partent sans nous!» Autre motivation: vivre une aventure humaine, personnelle et collective. «Je suis cadre à Bangalore, explique Mustafa. Toute la journée, je m’entends pousser mes troupes, m’incitant moi aussi à m’impliquer toujours plus. Enfant, je me disais: quand je serai grand, j’aurai une Bullet, une maison avec piscine et tennis… C’est aujourd’hui le cas, mais ma Enfield ne sort jamais du garage, je suis allé nager trois fois cette année, et personne ne veut jouer au tennis aux seules heures où je suis disponible, c’est-à-dire tôt le matin! A moto, mes pensées s’ouvrent, je profite de l’environnement, du moment présent. Je me retrouve avec moi-même.» Professionnels débordés, étudiants ayant envie d'une bouffée d'air frais avant d'etre avalés par le système, grandes gueules ou discrets, rêveurs ou fêtards, motards du dimanche ou expérimentés : «Chacun de nous est unique et a ses propres raisons d’être là», commente Gurpreet –lui-même parfait exemple d’esprit libre, avec sa moto vintage et ses turbans sikhs assortis à ses T-shirts de rebelle. Srini, tout heureux de tailler la route pendant quinze jours avec son fils Prahlad, étudiant aux Etats-Unis. Bhupie et Hardeep, tout jeunes retraités, pas coutumiers de ce type d’événement mais heureux de découvrir de nouveaux horizons... Pour Pushkar, le médecin de la bande, la priorité ce sont les rencontres. «A l'hôpital de Dharamsala, où je vis, mon quotidien est assez monotone. En octobre, j’ai déjà participé au trip Royal Enfield dans le Rajasthan. Dix jours d’exception! Nous étions un petit groupe de douze, très soudé. On conduisait toute la journée, on arrivait tard le soir mais on trouvait tout de même l’énergie d’aller visiter les havelis!»

Born to be Enfield

Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal EnfieldLiberté et convivialité, voilà l'esprit Enfield : «On n'est pas wild, on est friendly ! » commente Sachin. Des engins au design vintage, racé mais sans prétention, accessibles en prix. «Je ne veux pas que les gens hésitent à emmener leur moto sur un sentier de campagne ou un chemin de montagne par crainte de l'abîmer!» Si vous n'avez jamais mis les pieds en Inde, ou si vous n'êtes pas du genre à regarder les motos, le nom de Royal Enfield ne vous dit peut-être rien. Pourtant, cette marque d'origine anglaise était, dans les années 50-60, tout aussi connue et appréciée que Harley. Détenue désormais par le groupe indien Eicher Motors, elle commence à redevenir furieusement tendance : « Avec 50 000 motos par an, nous ne représentons aujourd'hui que 1% du marché indien, explique Sachin, mais nous allons prochainement doubler notre ligne de production. Notre but n'est pas de concurrencer Honda ou Yamaha sur le créneau de la moto de ville, mais d’imposer nos 350 et 500 cc comme seules bécanes du paysage indien à être conçues pour tailler la route.»

Solidarité et partage

Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal EnfieldQuand, chaque matin, l’équipe explique l’itinéraire de la journée, parmi les participants, c'est parfois un peu la panique: qu’est-ce qu’il dit? Kotta quoi? Tourner là, et après? «Le Kerala est un grand village, prévient l’un des coordinateurs. Les hameaux se succèdent sans que vous ayez conscience de passer de l’un à l’autre. Les panneaux indicateurs sont rares, et écrits en Malayalam. Ne vous fiez ni aux rickshaws, ni aux piétons: ni l’un ni l’autre ne se pousseront pour vous laisser passer.» Pas plus que les voitures, les bus, les vélos, les tracteurs, les camions… Seul moyen de s'en sortir : demander régulièrement sa route et conduire à plusieurs, pour avertir en cas de problème, ne pas (trop) se perdre… et s’accorder de collégiales petites pauses, près d'une rizière, d'une cascade ou d'un cocotier. Rouler c’est bien; à deux ou trois motos, oh oh, c’est encore mieux! Se suivre, se dépasser, s’attendre, s’arrêter prendre un thé… De mots, point besoin. Un signe, un sourire, un regard: la route comme un lien, une occasion de partage. «Pour moi qui ai l’habitude de voyager en solo, avancer en gang est une expérience marrante!» témoigne Gurpreet. Bord de route, pause déjeuner. Dosas, appams, parathas, et c’est reparti pour un tour! Selon leur assurance à moto ou l’humeur du moment, certains se font un plaisir de caracoler en tête, d’autres préfèrent fermer tranquillement la marche. Au gré des jours, parfois des heures, les paysages changent, les ambiances aussi. Un coup en ville, au milieu des rickshaws virevoltants et des Tata tonitruants. Un coup en forêt ou sur les routes vallonnées des plantations de thé, bercés par la lumière du soir et la cadence des virages… Enchanteur? En chemin, l’habitat se fait plus précaire, les visages émaciés, les hameaux déshérités. Sensation douce-amère: nous voilà bien, envahissant l’espace d’un instant la vie de ces gens, avec nos tenues de cosmonautes et nos moteurs pétaradants, filant comme un éclair comme pour ne pas voir la gravité de leurs regards…

On the road again ?

Sur les routes d'Inde du Sud avec Royal EnfieldVillage en vue, ça sent l’arrivée. Trouver l’hôtel, garer la moto, enlever le casque. Ouf! Les Enfield sont au parking, la journée est terminée. Celle des motards, du moins, mais pas des deux mécaniciens, précieux et discrets anges gardiens qui, à la nuit tombée ou au petit matin, tâtent les pneus, graissent les chaînes, vérifient les freins, vissent, fixent, réparent. Pour les autres, c’est l’heure de la douche. De l’eau chaude? Pas toujours. Des affaires propres? Pas tous les soirs – le camion convoyant les sacs se retrouvant souvent bloqué, obligeant son chauffeur à arriver dans la nuit. «L’organisation est mal faite, il n’y a même pas de masseuse!» plaisante Rohit, étudiant à Chennai. Au final? «3000km de chouette ride», estime Sachin. Quelques chutes mais rien de grave, des motards et leurs engins parfois poussés à bout mais ravis de l’aventure, de belles pointes d’adrénaline dans les virages en épine, quelques jolies rencontres de bord de route (dont des éléphants sauvages dans la réserve de Mudumalai), des moments envoûtants dans les brumes matinales ou au soleil couchant, beaucoup de rires, de chansons Prochain round pour les participants? Pourquoi pas l'Himalayan Odyssey, en juin prochain. «Ou le Sikkim, tous ensemble, en prenant notre temps, et en dormant chez l’habitant», glisse Aadish… Affaire à suivre !

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Southern Odyssey, l’itinéraire : Chennai – Karaikal – Rameswaram – Kanyakumari – Kottayam – Thekkady - Kodaikanal – Munnar – Valparai – Kotagiri (Anjanagiri Tea Estate) – Madikeri – Chikmaglur - Bangalore

Existe en trois tailles : «Nous organisons trois types de rides, explique Sachin Chavan, Senior Marketing Manager de Royal Enfield. Les Odyssées (Himalaya en juin, Sud de l’Inde en décembre) durent deux semaines et présentent certains challenges, en termes de technicité et d’endurance. Les Tours, de sept à dix jours, sont moins difficiles. Il en existe un dans le Rajasthan (octobre) ; nous souhaitons en créer un ou deux autres prochainement. Les Trips durent trois ou quatre jours et sont coordonnés par nos distributeurs locaux.» http://www.royalenfield.com

Autres trips en Royal Enfield : des agences de voyage indiennes organisent des périples à moto. Voir par exemple Shanti Travel à Delhi.

Visiter l’usine Royal Enfield à Chennai : visites organisées une fois par semaine, le samedi matin. S’inscrire impérativement au préalable par téléphone. Attention, l’usine est assez loin du centre-ville.

Royal Enfield en France : distributeur officiel français installé à Villeneuve-le-Roi (94). http://www.royal-enfield.fr

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