Le Fujian, un condensé de Chine.

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Charles Mahaux | 24.10.2009 | 469 visites | 3Favoris |
Charles Mahaux

Le Fujian, un condensé de Chine.Province du sud-est de la Chine, le Fujian est ouvert au vent du large qui souffle sur ses côtes, à quelques encablures de Taiwan. Il tourne le dos au reste du pays en s’adossant à de vieux massifs montagneux, entaillés de rivières. L’arrière-pays, à l’écart du développement tous azimuts que connaît le littoral, préserve des lieux enchanteurs dans des décors naturels grandioses. C’est depuis sa côte sud que la Chine regarde vers le large. Tour à tour comptoirs maritimes, ports d’échange, repaires de pirates, foyers de migration, laboratoires de l’économie libérale, les quatre grandes villes du Fujian, qui balisent une autoroute rapide en connexion directe avec Beijing, sont aujourd’hui des centres dynamiques qui ont connu une croissance exceptionnelle grâce aux apports de capitaux de nombreux Chinois d’outre-mer.

Une côte découpée jalonnée de ports.

Le Fujian, un condensé de Chine.Fuzhou, chef-lieu de la province, s’appuie sur trois collines qui abritent une foule de pagodes et de temples, encadrés par les lianes et les racines des nombreux banians centenaires. Gagnée par la fièvre du développement, elle a subi un profond lifting à la mode chinoise. Des centaines de « lilong », ces maisons traditionnelles de brique rouge séparées par d’étroites ruelles, ont été rasées pour faire place à de larges artères embouteillées, longées d’un chapelet de gratte-ciel. Les tours, dont les balcons grillagés sont autant d’espaces réservés au linge qui sèche, sont des villages verticaux dont les habitants se retrouvent dans les espaces commerciaux du rez-de-chaussée qui regorgent de marchandises. Au nord de la ville s’étend un lac artificiel, vaste plan d’eau où surgissent trois îles reliées entre elles par des petits ponts. Ce havre de tranquillité est un lieu de plénitude où se rencontrent les plus anciens, heureux de s’y reposer ou d’y deviser en écoutant ou en chantant de l’opéra. Des trois villes côtières, Xiamen, Quanzhou et Zhangzou, seule la première a pu conserver son titre de port installé dans une superbe rade naturelle en eau profonde. Rien d’étonnant à ce qu’elle ait pu figurer parmi les premières villes chinoises ouvertes aux étrangers. La proximité de Taiwan d’où provenait, par des réseaux indirects, la majorité des investissements, contribua à l’essor du commerce maritime vers l’Asie comme vers le reste du pays. La frénésie de modernisation qui anime Xiamen est telle qu’elle est devenue la première ville du Fujian, devançant Fuzhou qui a bien de la peine à lui concurrencer la beauté de son site. Ceux qui aiment remonter le cours du temps se perdront dans le vieux quartier portuaire, là où mouillent les navires de pêche mais aussi les nombreux bateaux-bus qui disparaissent sous des dizaines de personnes encombrées de paquets et de bicyclettes, toutes prenant la mer sans souci du poids ni des vagues.

Le Fujian, un condensé de Chine.Autre ville côtière d’importance, Quanzhou, dont Marco Polo dit qu’elle était le plus grand port du monde. Aujourd’hui, depuis que son fleuve a ensablé la baie, elle n’est même plus une escale mais pour celui qui prend le temps de la découvrir, elle garde intactes les traces de la ville cosmopolite qu’elle était dès le 8ème siècle. Marco Polo, qui ne sut jamais prononcer son nom chinois, l’appelait Zaytun, à la mode arabe, nom qui nous a transmis le mot « satin », une des précieuses étoffes échangées à l’époque entre l’Orient et l’Occident. Des centaines de bateaux y déposaient épices, ivoire, perles, becs de faucon, métaux précieux, cornes de rhinocéros et repartaient chargés de porcelaine, de rouleaux de soie et de thé parfumé. Le rôle de ces nouveaux liens tissés entre les peuples se mesure à l’impact des nationalités qui se croisaient et cohabitaient paisiblement à Quanzhou. Emissaires, marchands, marins, officiers et missionnaires, ils venaient des pays arabes, de Perse, d’Inde ou d’autres contrées d’Asie du Sud. Etablis dans le port pendant près de trois siècles avant que l’ensablement de la baie ne permette plus la navigation, ils y construisirent des églises, des temples et des mosquées qui contribuent à donner à la ville d’aujourd’hui l’attrait de la cité cosmopolite qu’elle fut autrefois.

Entre mer et montagnes.

Le Fujian, un condensé de Chine.L’arrière-pays, hérissé de sommets et creusé de gorges, n’est pas aisément accessible mais l’autoroute de Beijing passe non loin des deux sites les plus importants à découvrir : Taining et Wuyishan, reconnus tous deux par l’Unesco, pour la richesse exceptionnelle de leur écosystème. Le parc géologique de Taining est surtout connu pour son relief alpin nommé « danxia », du nom d’un grès rouge calcaire datant de l’époque tertiaire et caractérisé par les formes étonnantes dessinées par l’érosion du vent et de l’eau. Autrefois coulait ici un fleuve dont les eaux charriaient des alluvions riches en or. Lorsque, dans les années 80, des barrages furent construits pour créer un lac artificiel, celui-ci hérita du nom du fleuve, le lac d’Or. Une croisière de quelques heures permet de découvrir les pics, les colonnes, les murailles et les ponts de pierre rouges violacées qui cernent les rives et dont les formes étranges alimentent toutes sortes de légendes. En amont du lac coule le Shang Qi, qui invite à un rafting tranquille à bord de radeaux de bambous. D’un méandre à l’autre, la rivière sinue le long de falaises rouges, creusées de grottes rondes et lisses, en nid d’abeille, où nichent des aigles royaux. Parfois, elle s’engage entre des parois de roche si hautes et si proches qu’il faut lever les yeux pour découvrir un mince ruban de ciel bleu. Comme les fleurs sauvages pendent de tous côtés et que de nombreux oiseaux s’en échappent, la traversée ressemble à un voyage au cœur d’un labyrinthe paradisiaque.

Le Fujian, un condensé de Chine.Un peu plus au nord de Taining s’étire une chaîne de montagnes, les monts Wuyi qui ont reçu les titres éloquents de « paradis des oiseaux », « royaume des serpents » ou encore « monde des insectes ». La région a également subi une importante activité volcanique et les paysages se caractérisent par de larges failles où des rivières sinueuses coulent entre des escarpements semés de dômes et de colonnes et creusés de nombreuses grottes. La rivière aux Neufs Coudes y développe un cours large et sinueux au fond d’une gorge profonde. Une croisière à bord de radeaux de bambou permet de découvrir sur une dizaine de kilomètres les paysages qui s’ouvrent d’un méandre à l’autre : le rocher du « Grand Roi » émergeant dans la brume rose du matin, l’élégant pic de « la Dame de Jade » dont on dit qu’elle est amoureuse de son royal voisin qui ne peut apercevoir la silhouette de sa bien-aimée que dans le reflet des eaux, etc.

Le Fujian, un condensé de Chine.Le site, prestigieux, a attiré de nombreux religieux qui y élurent domicile, et plus de 60 temples et monastères y ont été localisés. Certains sont en ruines, d’autres, préservé, attirent les curieux. L’escalade du pic du Tianyou, au sommet duquel surgit un petit sanctuaire taoïste au cœur d’un jardin aménagé en maison de thé, est épuisante et périlleuse. Pourtant, elle étire une longue file ininterrompue de badauds le long de quelques 800 marches creusées dans la pierre. Qui s’y engage ne peut plus reculer, il faut aller de l’avant car le sentier abrupt, accroché à la falaise, est tellement étroit qu’on ne peut s’y croiser. Le panorama qui s’ouvre au sommet du rocher est impressionnant, il fait oublier instantanément l’effort soutenu pour gravir la montagne. Le mont Tianyou est en fait un immense bloc rocheux plat, coupé comme si une hache l'avait fendu. Il culmine à plus de 500 mètres d'altitude et s'étend sur plus d'un kilomètre : c'est le plus grand rocher de la zone de Wuyishan. Le temps y a ciselé son œuvre : au fil des siècles, les pluies ont dessiné de longues bandes qui rappellent curieusement des pans d’étoffes séchées au soleil.

Pays de l’art et de la culture du thé.

Le Fujian, un condensé de Chine.La célébrité de la province de Fujian s’explique aussi par la qualité de son thé. Dès avant notre ère, ses feuilles faisaient partie du tribut aux rois et aux empereurs. Durant la dynastie Ming, le « Wuyi Rock Tea » était exporté en Europe et il est encore aujourd’hui une boisson traditionnelle dans la famille royale anglaise. Il est vrai que les arbustes de théiers trouvent ici une terre de prédilection, croissant en altitude, au creux de vallées humides, à l’abri d’un ensoleillement trop vif. C’est dans la gorge des Neuf Dragons, dans le Wuyishan, que l’on produit le roi des thés, la Grande Robe Rouge. La découverte du site peut s’étirer sur plusieurs heures, le long d’un vallon creusé entre de hautes falaises roses foncées au pied desquelles court une eau vive. Le lieu a été aménagé en un ravissant jardin exotique, où les chemins s’engagent sur de larges pierres rondes posées dans le ruisseau pour permettre le passage, avec des coins de jardin clôturés pour protéger les arbustes à thé. Ceux-ci se nourrissent du brouillard qui envahit le vallon chaque matin, de l’eau qui ruisselle sur la falaise et de la chaleur reflétée par le rocher. Le fameux thé Robe Rouge (Dahong bao) est un des meilleurs crus, son nom lui a été conféré par la cour, après qu’une impératrice eut été guérie par ce breuvage. Le plant original est accroché à la falaise, non loin du bassin du Bain du Dragon alimenté par une petite cascade. 20 grammes de ce précieux thé, dont la récolte annuelle est de 800 grammes à peine, est évalué à une vingtaine de milliers d’euros, le thé dit de la seconde génération se vend, quant à lui, 120 euros le kilo…

Le retour des traditions.

Le Fujian, un condensé de Chine.Le Fujian a beau être une province à deux vitesses, on assiste partout au regain des religions traditionnelles. Les temples noircis par la suie des cierges survivent entre les tours de verres. Des dieux locaux, de quartiers, de métiers, de régions, sont bruyamment fêtés dans des cérémonies qui rassemblent toute la communauté. Les liturgies mélangent toutes sortes de rites, bouddhistes, taoïstes, confucianistes, etc. Au nord de Quanzhou par exemple, la ville est bordée par le massif boisé de Qingyuan qui, à lui seul, raconte la cohabitation paisible de différentes confessions. Au pied de la colline, une immense statue du moine taoïste Laozi, large de 8 mètres et haute de près de 6 mètres, donne le ton en invitant tout un chacun à la méditation. Tout au long d’une promenade escarpée dans les sous-bois, à proximité d’une cascade rafraîchissante, on visite une demi-douzaine de temples bouddhistes où venaient se recueillir de célèbres moines penseurs de l’époque. Des rochers gravés de pensées bouddhistes et taoïstes et de nombreuses stèles également calligraphiées balisent le sentier d’escalade jusqu’à la Terrasse du Sud, à quelque 500 mètres de haut, d’où l’on jouit d’une vue panoramique sur la ville.

Le Fujian, un condensé de Chine.Ce souci de préserver les traditions se retrouve encore dans la manière dont les Chinois de Fujian ont apprivoisé leur nouvel environnement urbanistique, hérissé de tours de verre et d’acier. L’esprit de village qui animait les anciens quartiers citadins survit aujourd’hui sur les trottoirs et les places qui appartiennent aux marchandes de quatre saisons, aux gargotes de nouilles, aux vendeurs ambulants ou aux cireuses de chaussures. On le retrouve aussi dans les petites boutiques grand-ouvertes sur la rue et il n’est pas rare d’y voir attablés des joueurs de cartes ou de dominos se distrayant en attendant un éventuel client. Des tricycles-taxis et des charrettes à bras, tirées par des chiffonniers spécialisés dans le recyclage du verre ou le ramassage de cartons, rôdent le long des avenues, à l’affût d’un appel.

Le Fujian, un condensé de Chine.Pour permettre aux Chinois, qui s’accommodent mal de l’empilement vertical de leurs nouvelles habitations, de renouer avec le passé, de rares quartiers traditionnels ont été classés patrimoine régional. C’est le cas des districts de Cai Qian et de Chongwu, non loin de Quanzhou, ou encore du vieux centre de Zhangzou heureusement restauré. Sur les battants des portes ouvertes des maisons veillent encore les images de dieux protecteurs. Des murs épais étouffent les rumeurs du dehors. Une cour intérieure dissimulée par un mur écran fait office de terrain de jeux pour les enfants mais aussi de jardin où on tire des chaises en bambou pour bavarder. Face à la porte se dresse toujours un autel, parfois une simple étagère, dédiée aux ancêtres et autres esprits bienveillants. Ces anciens quartiers préservés sont encore le pouls de la ville au même titre que la fièvre de consommation qui anime les grandes avenues illuminées d’enseignes tapageuses. Et c’est bien là tout le paradoxe de la Chine.

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info plusinfo plus

Renseignements : le problème actuel de cette région peu visitée encore par les touristes étrangers reste la langue. Les sites internet locaux ne sont généralement pas traduits. Le plus simple est de contacter une agence de voyage locale afin qu’elle organise le déplacement en voiture privée, la réservation d’un hôtel et la rencontre sur place avec un guide-interprète.
Quand partir : la saison sèche avec ciel bleu et larges panoramas clairs dure de septembre à décembre. Il faut éviter notre été, saison trop chaude et sujette aux typhons.
Les repas : les restaurants ne proposent pas de cuisine internationale mais la cuisine chinoise est savoureuse. Le menu se décide souvent au vus des poissons qui nagent encore dans les aquariums et des légumes du jour qui sont présentés sur un étal. Faites votre première expérience avec votre guide pour ne pas être désarçonné. Le coût moyen d’un repas très complet est de 5 euros.
A lire pour mieux décrypter une culture aussi éloignée de la nôtre : « La Chine des Chinois » de Catherine Bourzat, publié chez Seuil.

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commentaires à ce reportage
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Julie

A la découverte de cette région de la Chine où traditions et modernité se mélangent. Avec l'envie de s'envoler pour y découvrir les paysages enchanteurs montrés sur ces quelques images et, surtour, d'y apprendre l'art et la culture du thé.
Encore un beau voyage à programmer, en attendant, merci de m'avoir fait rêver! ”

Julie | 03.11.2009 12h10

Fabio

Je pense que Shanghai est aussi une bonne place. Je vais pour Expo Shanghai Expo Shanghai cet été ”

Fabio | 10.03.2010 08h10

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