Ascension de l'Etna

Italie
Ascension de l'Etna

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Marie Hélène Rolland | 30.11.1999 | 649 visites | 0Favoris |
Marie Hélène Rolland

Ascension de l'EtnaTaormina, 6 heures du matin. A l'hôtel, il est encore trop tôt pour nous servir des petits déjeuners. On nous tend cependant un sac plastique avec un "en-cas". Sur l'autoroute peu de voitures. Apparemment, les Siciliens apprécient la vie nocturne et ne semblent pas être des lève tôt. Direction le pied de l'Etna où nous avons rendez-vous à 8h30 avec le guide Antonio Nicoloso. Celui-ci a beaucoup travaillé avec Haroun Tazieff et quelques grands volcanologues de l'Institut International de Catane. Il nous dira plus tard qu'il n'a pas beaucoup de sympathie pour ces scientifiques qui travaillent depuis leurs bureaux et que l'on ne croise que rarement sur le terrain... Uniquement quand il leur annonce une coulée spectaculaire. Passé Zafferana, nous nous engageons sur une longue route toute neuve qui serpente sur le flan de l'Etna. Nous traversons de récentes coulées de lave qui se distinguent par le peu de végétation qui les recouvrent. Il fait presque frais, alors que pendant la nuit à Taormine, on a littéralement étouffé. Il fait beau, mais moins que la veille. Tant pis ! On s'arrête prendre quelques photos de Catane avec la mer en arrière plan et devant quelques cratères anciens. En particulier les Monte Rossi (900 mètres) dont les caprices ont fait d'énormes dégâts dans Catane au XVIIe siècle, en 1169 exactement. La ville fut en partie détruite. Nous voici au Rifugio Sapienza, un énorme bâtiment associé à quelques baraques en bois. Nous sommes impressionnés par les amoncellements de lave juste derrière le mur du refuge. En 1983 et 1991, lors de grosses éruptions, des expériences ont été tentées pour détourner les coulées de lave. Les essais ont réussi, le refuge n'a pas été atteint...Toutefois c'est vraiment limite car le mur de lave est à 5 mètres du bâtiment ! Le temps d'un café accompagné d'un jus d'oranges sanguines maison et d'un croissant fourré de crème pâtissière et les guides de l'Etna commencent à arriver. Quelques groupes de Français ou d'Allemands qui les attendent déjà pour partir. Tous ont un pull rouge de type polaire et de grosses chaussures en très mauvais état. Je regrette d'avoir apporté mes belles Meindl Lady toutes neuves ! Soudain... Le célèbre Antonio Nicoloso fait son entrée. En fait, c'est un petit homme d'environ 1m65, 60 ans, très bronzé. Il s'approche, vient nous saluer et nous annonce qu'il nous emmène lui-même car il a sa matinée de libre. Nous sommes prêts à partir en deux minutes et hop ! Dans le 4 x 4 ! Alors que les premières bennes du téléphérique commencent à emmener les autres randonneurs, nous grimpons sur la piste interdite aux véhicules. Antonio nous explique que chaque année, au printemps, les services publics sont contraints de rénover plusieurs tronçons de la piste. Celle-ci s'abîme durant l'hiver du fait de la neige mais aussi, fort souvent, du fait des coulées de lave. Il y a quelques années, un pan à la verticale de l'Etna s'est détaché sur une centaine de mètres laissant apparaître des couches superposées de lave et de neige fossile. Tous les scientifiques ont accouru ! Nous sillonnons sous le téléphérique. Antonio est avec son frère propriétaire des pentes Sud de l'Etna. Bien sûr, nous sommes impressionnés... mais il nous dit qu'être propriétaire d'un volcan en éruption n'est pas de tout repos. Le 4 x 4 s'arrête sur une petite plate forme. Il semble que nous soyons sur la lune. Par cette matinée légèrement voilée nous sommes les premiers hommes ayant marché sur le sol Etnaire ! Nous nous engageons à flanc de montagne sur une sente que l'on ne remarque pas. Pour la retrouver, les guides utilisent des feuilles de papier journal jaune qu'ils coincent entre deux blocs de lave. Ce sont des cairns d'un type un peu particulier ! De temps en temps, de la fumée s'en échappe.... C'est un petit cratère. Sur les conseils de Nicoloso, nous prenons la précaution d'enfiler nos gants et ce, pour deux raisons : la chaleur des roches à certains endroits et les aspérités irrégulières et coupantes des blocs. Antonio nous précise qu'il y a plus de 1400 cratères plus ou moins gros sur l'ETNA. Certains ne font que quelques centimètres, d'autres sont énormes. La petite dernière des grandes bouches, la Bocca Nuova fait 200 mètres de diamètre. Nous poursuivons notre progression. Nous voici dans la vallée Del Bove. Il fait très chaud mais nous conservons nos pulls et nos pantalons. Benoit est le seul à être en short : rasage gratuit lui a dit Antonio ! Au bout de 40 minutes environ, à une allure de marche dite sportive, nous parvenons là où la lave s'écoule. Elle sort de terre sous un rocher. Cela ressemble à un four de forgeron. N'oublions pas que les Grecs situaient les forges de Vulcain sur l'Etna. A sa sortie, la lave est rouge vif mais relativement rapidement, sa surface devient gris clair, puis gris anthracite, puis presque noire. Nous sommes fascinés par cette coulée de lave et essayons de nous en approcher au plus près. Antonio nous conte différentes anecdotes. Il est intarissable et fort intéressant. Il sait à la fois nous exposer ses connaissances du terrain et ses connaissances scientifiques : température, vitesse de la lave, durée des projections ou des coulées, etc. … Nous lui posons beaucoup de questions auxquelles il répond toujours avec intelligence et simplicité. Il aime son Etna, et veut nous faire partager ses expériences et ses sentiments. C'est un guide mais c'est aussi l'enfant du pays et il nous a emmenés sur sa montagne. Il est d'ailleurs presque étonnant que venant là presque tous les jours depuis des années, il ne soit pas blasé et toujours aussi enthousiaste. Il fait très chaud, le vent rabat des bouffées d'air brûlant et Antonio se protège le visage avec la main. Nous sommes comme des enfants devant un phénomène nouveau : étonnés, admiratifs, volubiles. Nous ne pouvons rester immobiles car il semble qu'alors les semelles de nos chaussures vont fondre. Et même en marchant sur cette lave qui, hier encore était liquide, nous ressentons une chaleur intense sous la plante de nos pieds. En certains endroits, le sol s'enfle régulièrement comme un animal qui respire. On pense aux dragons. Sous nos pieds, c'est vivant. Le soleil est déjà haut. Après quelques photos, il faut prendre le chemin du retour. Les pieds s'enfoncent à chaque pas. Avec la chaleur et l'effort intensif, j'éprouve comme un malaise. Je bute sur une de ces roches irrégulières et je fais une pirouette. Bilan : je me suis ridiculisée, j'ai le pantalon déchiré et la cuisse toute égratignée et sanguinolente. Je fais celle qui n'a pas mal du tout. En fait j'ai vraiment honte et pense qu'à cause de moi Antonio va écourter sa ballade et ne va pas nous emmener là où il avait prévu de le faire. Nous reprenons le 4 x 4, direction l'arrivée des cars de tourisme qui transportnent les visiteurs depuis la gare d'arrivée du téléphérique. Nous sommes à 300 mètres au-dessous de la Nuova Bocca. Il y a là une petite cabane refuge typiquement italienne, en tôle : c'est le P.C. des guides et le coin de remise en condition des gens qui, comme moi, ont des instants de fatigue. Après un bon café, Antonio nous offre un petit verre de "Fuoco Dell'Etna" qui titre 70° et qui est aussi rouge que la lave qui sort de la terre ! Les cars 4 x 4 arrivent régulièrement. Ce sont de sacrés engins qui crachent leur cinquantaine de touristes, surtout des Allemands. A la suite de l'un de ces groupes, nous allons observer les "ornitos", espèces de cheminées trouées de quelques 20 à 150 mètres en leur centre. C'est par-là que la montagne dégaze... C'est très esthétique. Les couleurs vont du rouge au jaune safran, mais très fragile alors que chaque touriste essaye d'en casser un morceau pour l'emporter comme souvenir. Malgré cet état de fait peu respectueux, Antonio demeure tolérant. Il sait que l'année prochaine ou dans quelques années, ceux-ci seront recouverts et d'autres apparaîtront en d'autres endroits. Retour vers le 4 x 4. Antonio nous guide près d'un grand trou. Il y a quelques années, il y avait là un lac avec des bateaux. C'est complètement à sec, mais sans doute seulement en surface car il pousse de nombreuses plantes qui vont bientôt fleurir. Puis, c'est la descente en téléphérique avec un autre guide : Franck et le retour à Taormine où nous visitons le théâtre grec (3ème siècle avant J.C.). C'est grandiose avec en décor naturel l'Etna. Le calme et la beauté nous poussent à des réflexions d'ordre philosophique. On admire le coucher de soleil derrière le volcan puis la douce nuit italienne commence... Nous partons flâner dans les rues et sur les terrasses.

Vulcano : ça sent le soufre !

Ascension de l'EtnaDépart pour Milazzo. Nous coupons le nord-est de la Sicile en passant aux pieds de l'Etna et en évitant Messine. Nous nous rafraîchissons dans les gorges d'Alcantara avec ses orgues de basalte. Nous espérions que les villages de l'intérieur seraient pittoresques ou typiques: ils sont malheureusement quelconques. A Milazzo, nous goûtons quelques spécialités à emporter achetées dans un kiosque : une espèce de chausson fourré à la ratatouille ou à la viande et au fromage et puis une boule de rizotto panée qui s'appelle l'Arancini. C'est délicieux ! Enfin nous prenons l'hydrofoil pour Vulcano et Lipari. En arrivant sur le port de Lipari, il y a foule. Les gens du coin nous proposent une chambre chez l'habitant et nous tendent les cartes de divers restaurants. Nous avons l'hôtel réservé : c'est l'hôtel de l'Orient. Très sympa. Il y a une immense véranda couverte donnant sur un jardin luxuriant. Les propriétaires, deux hommes, sont très accueillants. C'est très propre et très soigné. Accrochés à tous les murs intérieurs, il y a des objets de brocante, en particulier des outils et des instruments de cuisine anciens. Je n'en ai jamais vu autant : un vrai musée. Nous admirerons ça plus tard... Pressés, nous posons nos affaires et retournons vite sur le port pour prendre le bateau pour Vulcano. C'est à quelques minutes de Lipari. A peine posé le pied sur le quai du port, nous suivons aussitôt le chemin fléché qui mène au cratère. Le flan du Vulcano est, dans sa partie basse, couvert de genêts en fleurs en cette saison. L'effet est des plus joli. Le bas de la montagne est jaune, puis il y a une bande très noire d'anciennes laves désagrégées, puis la partie du haut est rouge comme la bauxite (cela fait penser à une tranche napolitaine). Nous grimpons par un chemin en partie raviné par les pluies. Au sommet, on domine le cratère. Le chemin en fait le tour. Toute une partie est jaune safran avec des fumeroles (fumée de couleur jaunâtre) qui sortent de manière irrégulière. En s’échappant, les gaz sifflent plus ou moins forts selon les moments. Là aussi il semble qu'il y a vie, comme dans les films de science fiction. Ces petites ouvertures dans le sol qui palpitent, cette haleine putride, ce bruit font penser vraiment à un animal tapi prêt à se manifester. Ca sent le soufre, au début ça pique le nez et la gorge puis très vite on s'habitue. Le panorama est magnifique. Le sommet est comme un balcon au-dessus de la mer d’où l’on aperçoit l'enfilade des îles Eoliennes : grandiose. L'appareil photo tentera de conserver cette vision mais n'en rendra malheureusement pas la profondeur ni les nuances. Alors, gravons la dans notre mémoire. Le soir, en retournant à Lipari, nous essayons de négocier avec le propriétaire d'un bateau une journée d’excursion maritime vers les autres îles. Impossible, nous ne sommes que trois et le tarif dépasse de loin notre budget. Après dîner, nous nous installons au café du port pour écouter deux musiciens. Le chanteur a une très belle voix : nous avons droit à un festival de chansons connues des années 70-80, en Italien.

Décourverte des vestiges archéologiques de Lipari

Il ne fait pas très beau en ce début de matinée de mai : beaucoup de nuages mais la mer est calme. Nous décidons que nous prendrons, dans l’après-midi, un bateau régulier : un de ces fameux "promène couillons" que l'on n'affectionne pas particulièrement. Mais tant pis ! Nous prenons notre temps pour le petit déjeuner, sous la véranda. Ce n'est pas un petit déjeuner typiquement sicilien ni même italien, à part le café. Plutôt un petit déjeuner des Etats-Unis d'Europe: hollando-anglais, suédo-allemand et franco-italien. Et nos deux hôteliers mènent le service comme des chefs d'orchestre. Nous visitons les deux versants de Lipari, partagées par le rocher sur lequel se situent la grande église, le duomo et le musée. Nous visitons : ça vaut le coup. De nombreuses tombes préhistoriques, grecques puis romaines. Des amphores en pagaille, de toutes les formes, de toutes les périodes, des montagnes d'amphores ! Et puis de la vaisselle, des plats, des outils, des vases étrusques, grecs, romains, des bijoux …Que de restes de naufrages ! Je suis impressionnée par les vases grecs et leurs dessins coquins. Des scènes où l'homme, représenté comme un être à moitié bouc et vieux, courtise de jeunes femmes minces et totalement humaines. Il y en a des dizaines de ce style. Et puis en sortant, je remarque accroché au mur un cadre. C'est un portrait du marin inconnu, une lithographie. L'original lui vient d'être volé au Musée Cefalu (peut-être a-t-il été retrouvé depuis car c'était il y a quelques mois). Ce portrait au sourire naissant, à la fois ironique et triste et aux yeux qui semblent vous suivre est le thème principal d'un livre de Vizenzo Consolo que j'ai lu plusieurs fois. Ce portrait, il est en effet difficile de s'en détacher, un peu comme celui de la Joconde. Ce jeune homme a un sourire qui semble intelligent et ses petits yeux très noirs nous scrutent et semblent se moquer gentiment de nous. Le modèle devait être un de ces italiens charmeurs !

Tentatives d'observations volcaniques sur les pent

En début d'après-midi, départ du port, dans l'effervescence du retour des pêcheurs avec leurs grands filets. Les plus jeunes (la cinquantaine) vérifient, tandis que les vieux (soixante dix ans et plus) réparent. Pas une seule femme sur ou autour des bateaux et pas non plus de jeunes hommes. La relève ne se fera pas. Les barques de pêche ressemblent à nos pointus des ports de la Darse ou d'Antibes. Elles sont fraîchement peintes et bien entretenues, mais souvent très anciennes. On part, mais à ma déconvenue, on ne contourne pas l'île Lipari. On ne verra pas, même de la mer, les carrières d'obsidienne et de pierre ponce. Dommage, rien que le mot "obsidienne" m'enchante par sa sonorité. Une bonne heure de bateau pour arriver à Stromboli. L’ile n’est qu’une montagne dans la mer. La partie visible n’est que son sommet, le volcan s'ancre en effet à 3.000 mètres sous la mer. Mais de sommet effectif nous n’apercevrons rien de l'après-midi : celui-ci est perdu dans les nuages. Nous débarquons et au pas de course suivons l'itinéraire qui mène vers l’observation des explosions. Nous traversons les rues du village aux maisons blanches peintes à la chaux, avec leurs terrasses aux pergolas abritées de canisses et aux petits jardins entourés de murs en pierre peints en blanc eux aussi. Tout ceci nous rappelle très fortement l’architecture des îles grecques. Juste après le village, une petite plage de sable très noir tranche avec les maisons blanches. Nous nous dirigeons parallèlement à la mer vers un phare. A partir de là, le chemin commence à serpenter. Il est en bon état car de petits véhicules électriques l'utilisent jusqu'au phare qui fait auberge. C'est la limite de la dépression. Derrière, il y a un immense éboulis de cailloux de lave. On ne voit pas d'où ça part, en haut, mais cela descend très abrupt jusqu'à la mer. Le chemin fait des méandres très serrés au bord de cette coulée. C'est très fleuri et ça sent bon le fenouil sauvage. Il y a deux paysages en opposition qui se côtoient : cette coulée de couleur noire, sans un brin d'herbe et l'endroit où nous nous trouvons, luxuriant de couleurs et d'odeurs avec des vestiges de murets qui prouvent, qu'il y a quelques années encore, les paysans du Stromboli cultivaient ici. D'ailleurs, il y a des arbres fruitiers à l'état sauvage, en particulier des cerisiers. Nous continuons à grimper, presque en courant car nous voudrions arriver quelques 800 ou 900 mètres plus haut pour observer l'endroit du Stromboli où il y a une forte activité. Nous percevons les grondements mais ne voyons toujours rien, sauf les nuages qui ne cessent de bouger comme la fumée d'un immense chaudron. Finalement, nous croisons deux randonneurs Allemands qui nous précisent, en Anglais, que ce n'est pas la peine d'aller plus haut car la visibilité est nulle. Et de toutes façons, c'est l'heure de redescendre. Benoit avait bien caressé l'idée de rester bivouaquer sur la montagne pour observer les projections de nuit. Il voulait rater le bateau de retour et pensait pouvoir attendre le lendemain blotti sous une barque sur le port. Mais, vu les conditions, cela n'en vaut pas la chandelle, alors nous redescendons, toujours en courant, pour embarquer quelques secondes avant le départ. Du bateau, j'admire le village de Stromboli dans la luminosité du soleil couchant, toujours chapeauté de ses nuées. C'est très beau mais tout de même un peu angoissant. Et je pense au magnifique film de Rosselini " Stromboli " sorti en 1956 avec la belle Ingrid Bergman. Ce film en noir et blanc, mais plus noir que blanc, nous montre la détresse des villageois lors d'une forte éruption. De retour à Catane le lendemain, nous reprenons l'avion pour la France. Nous survolons le Stromboli, dont nous apercevons enfin le sommet dégagé. Depuis les hublots nous distinguons très nettement, au dessus de la dépression où nous étions la veille, les explosions rougeoyantes. Nous émettons tous le même voeu : "nous reviendrons, c'est sûr".

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